David Merrick – le “showman” ultime

April 12, 2020

David Merrick – le “showman” ultime

 

 

David Merrick était l’un des producteurs les plus hauts en couleurs et les plus controversés de l’histoire de Broadway. Il était appelé « The Abominable Showman », un jeu de mots avec « the Abominable Snowman » (l’abominable homme des neiges, le Yéti). La citation de Merrick la plus connue est « Il ne suffit pas que je réussisse, les autres doivent aussi échouer ».

 

Merrick est à l’origine un avocat mais il a dit que sa vie a véritablement commencé le 4 novembre 1954 lors de la première du musical « Fanny » au Majestic Theatre de New York (théâtre maintenant du Fantôme de l’Opéra). Sa production fut jouée 888 fois à Broadway. Fanny est devenu un succès grâce aux talents promotionnels de Merrick. Tout d’abord, il imprima des petits autocollants où il écrivit « Have you seen Fanny? » (jeu de mots avec « fanny » qui est de l’argot pour « les fesses ») qu’il colla sur les miroirs des toilettes pour hommes dans tout midtown. Il glissa également ce même message dans des fortune cookies des restaurants chinois. Il posta aussi une publicité sur une page entière de magazine, une première pour un spectacle de Broadway, et diffusa des spots publicitaires à la radio et à la télévision. Il engagea un sculpteur pour créer une statue grandeur nature de la danseuse du ventre du spectacle et l’installa à Central Park, avant d’appeler la presse et la police qui la découvrirent à l’aube. Tant et si bien que même si les critiques, et Merrick lui-même, furent déçus par la production, Fanny se révéla être le spectacle le plus rentable de l’histoire à cette date.

 

 

Il était connu pour être le producteur de gros succès. Quand son portrait fit la couverture de Time Magazine en 1966, on estimait que 20% de main d’œuvre de Broadway travaillait pour lui. Produisant en moyenne six pièces et musicals par saison, il a un record de succès qui n’avait et n’a encore jamais été égalé par aucun autre impresario de New York. 

 

Parmi ses grands succès, on peut nommer « Gypsy » (certaines l’appellent la comédie musicale parfaite), « Oliver ! », « Hello, Dolly ! », « I Do ! I Do ! », « Promises, Promises » et « 42nd Street ». La production originale de 1980 de « 42nd Street » eut 3 486 représentations, son spectacle le plus long à Broadway jusqu’à aujourd’hui. Sa reprise en 2001 se joua encore 1 524 fois. La première de la production originale est légendaire. Le metteur en scène et chorégraphe du spectacle, Gowen Champion, mourut d’un cancer du sang seulement quelques heures avant le lever de rideau. Merrick garda cette nouvelle secrète pour tous ceux ayant un lien avec la production. Après un final et un tomber de rideau triomphaux, Merrick monta sur scène et annonça à un public et une distribution effarés la nouvelle de la mort de Champion ce même jour. Le spectacle fit la une des journaux dans tout le pays.

 

 

 

 

Tout en produisant ces succès, il aida également de nombreuses stars de la scène à faire leurs débuts : Woody Allen, Barbra Streisand, Ethel Merman, Carol Channing, Jule Styne, Harold Arlen, Stephen Sondheim, Jerry Herman, Kander et Ebb, Schmidt et Jones. Au cours de sa carrière, il connut également des échecs, comme « Oh, What a Lovely War! », « Foxy » et « Pickwick », tandis que d’autres spectacles fermèrent avant leurs premières : « Breakfast at Tiffany’s » ferma ainsi pendant les avant premières, alors que « Mata Hari » et « The Baker’s Wife » fermèrent avant d’arriver à New York. 

 

 

Toutefois, grâce à sa détermination sans faille et son sens inné de la publicité, Merrick parvenait à exploiter la moindre possibilité de chaque spectacle, même le plus mauvais. Pour booster les ventes de places de la production de « Look Back in Anger » en 1957, Merrick engagea une actrice pour jouer une spectatrice et, pendant une représentation, attaquer l’homme jouant le protagoniste haineux de John Osborne. La ruse fonctionna et les ventes au box-office s’améliorèrent. Cependant, son coup publicitaire le plus fameux eut lieu en 1961 pendant la production du décevant « Subways Are Sleeping ». Un membre de son équipe s’arrangea pour que sept spectateurs, ayant les mêmes noms que les plus grands critiques new-yorkais, soient cités dans les publicités passées dans les magazines. Quand elles furent imprimées, chacun de ces « homonymes » apparaissait devant une citation dithyrambique que l’équipe de Merrick avait visiblement extraite de vieilles critiques des plus grands succès de Broadway. Un tel comportement outrageux, mais extrêmement rentable, connut un point d’arrêt en février 1983 quand Merrick souffrit d’une attaque cérébrale qui diminua fortement sa capacité à parler. Au début, il laissa la main à d’autres dans sa société, mais il fit son retour en 1985, et en 1990 présenta une reprise avec une distribution entièrement afro-américaine de « Oh, Kay ! » puis en 1996 une version sur scène du film populaire State Fair. 

 

 

Dernier des grands « showmen » américains, tout au long de sa carrière Merrick fut tour à tour admiré, craint, détesté et respecté – mais jamais ignoré. Ses nombreux Tony Awards et nominations incluent un Tony Award pour « Hello Dolly » et deux Tonys d’honneur en 1961 et 1968 « en reconnaissance de son fabuleux record de production ».

Lors de son 87ème anniversaire, Merrick prit sa retraite en tant que producteur et fut remplacé à la tête de sa société par Natalie Lloyd, la seule productrice américaine d’origine asiatique travaillant à Broadway. Celle-ci devint la sixième femme de Merrick peu de temps avant sa mort en avril 2000. Merrick fut marié six fois, dont deux fois avec la même femme.

 

 

 

 

translation - Marion Martelin

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