BETTY BUCKLEY - Broadway de A à Z

March 4, 2020

B comme Betty BUCKLEY !

 

Connaissez-vous Betty Buckley ? Elle est plus qu’une « star » de Broadway, elle est ce qu’on appelle une « légende de Broadway ». Ce titre n’est réservé qu’à une petite élite qui a changé le visage du théâtre musical. Buckley a apporté une nouvelle forme d’interprétation, ancrée dans la réalité, cherchant à connecter son âme à celle du public, ce que l’on peut voir notamment dans sa performance en tant que Grizabella dans Cats. Mais nous y reviendrons un peu plus tard… 

 

 

 

La carrière de Betty Buckley dans le théâtre musical commence à l’âge de 11 ans lorsque deux professeurs de danse de Fort Worth au Texas lui enseignent la chorégraphie de « Steam Heat » par Bob Fosse pour son spectacle scolaire. Ces professeurs l’encouragent à chanter fort et à utiliser sa voix puissante.

 

A 15 ans, Betty obtient son premier rôle professionnel en interprétant June dans Gypsy à la Casa Manana Playhouse. Elle continue à jouer tout en étant à l’école, et pendant ses études à la Texas Christian University, elle est sacrée Miss Fort Worth 1966. Les juges sont tellement impressionnés par sa voix qu’ils l’invitent à Atlantic City pour se produire lors du concours de Miss America. Betty y est alors repérée par un agent qui croit profondément en son talent et décide de la représenter. Elle est ensuite invitée à se produire à l’USO, une association caritative américaine qui propose des spectacles d’humour, des pièces de théâtre, des concerts, mais aussi des infrastructures sociales et d’autres programmes, à des membres de l’armée américaine et leurs familles. Environ 35 millions d’Américains ont bénéficié des services de l’USO. Pendant sa tournée en Asie avec l’USO, Betty visite des soldats blessés dans les hôpitaux militaires. Cette expérience la bouleverse si profondément qu’elle met de côtés ses aspirations de Broadway et retourne au Texas.

 

Cependant, le destin s’en mêle et son agent la pousse à aller à New York. Le jour de son arrivée, son agent l’appelle et lui dit : « Prends ta partition et va en centre-ville, tu as une audition. » Quelques heures après son arrivée à New York, elle passe donc sa première audition et obtient son premier rôle dans la comédie musicale de Broadway 1776, créant le rôle de Martha Jefferson. 1776 est une comédie musicale écrite et composée par Sherman Edwards, sur un livret de Peter Stone. Le spectacle relate les évènements qui ont mené à la signature de la déclaration d’Indépendance, narrant les efforts de John Adams pour persuader ses collègues de voter pour l’indépendance de l’Amérique et de signer le document. La première du spectacle à Broadway a lieu en 1969, recevant de très bonnes critiques, et il se joue pendant 1 217 représentations. La production reçoit 3 Tony Awards, dont celui du Best Musical.

 

 

Quelques mois plus tard, Buckley découvre que la comédie musicale Promises, Promises va être montée à Londres, et elle est déterminée à décrocher le rôle de Fran Kubelik. Buckley dit souvent que sa nature de Texane l’a aidée dans sa carrière : « Je prenais des risques. J’essayais des trucs. Je m’exprimais si je voulais rencontrer quelqu’un ou parvenir quelque part, se rappelle Buckley. J’ai choisi la chanson la plus difficile pour l’audition de Promises, Promises, et quand on ne m’a pas rappelée, ma voix intérieure m’a dit d’aller au Shubert Theater entre mon dernier numéro dans 1776 et le rappel, et de supplier pour avoir une deuxième chance. » Et ça marche. Betty part pour Londres en tant que rôle principal féminin dans la production du West End de Promises, Promises, où elle travaille avec les légendes de Broadway David Merrick, Michael Bennett et Neil Simon. Son interprétation des chansons « Knowing When to Leave » et « What Do You Get When You Fall in Love » de Burt Bacharach lui vaut une nomination en 1970 au Evening Standard Award en tant que meilleure actrice dans un musical. 

 

 

 

Le rôle suivant de Betty à Broadway la réunit avec son idole d’enfance, le maître de Broadway Bob Fosse, quand elle décroche le rôle de Catherine dans Pippin. Pippin est un musical de 1972, composé et écrit par Stephen Schwartz, sur un livret de Roger O. Hirson. Bob Fosse, qui dirigea la production originale à Broadway, contribua aussi au livret. Ce spectacle utilise la présence d’une mystérieuse troupe de comédiens, dirigée par le Leading Player, pour raconter l’histoire de Pippin, un jeune prince à la recherche d’un sens à donner à sa vie. Pour Betty, la route qui la mène à Pippin est intéressante. Elle demande en effet à son agent de lui obtenir une audition et son agent lui répond que l’équipe créative ne veut pas la voir, alors qu’en réalité il représente également Jill Clayburgh (qui jouait Catherine dans la première production) et peut gagner 100$ de plus par semaine avec elle car elle est plus connue que Buckley. Une fois que Betty découvre la vérité, elle licencie son agent et obtient le rôle de Catherine. A propos de son temps dans Pippin, Betty dit « J’ai joué le rôle de Catherine dans Pippin pendant 2 ans et 8 mois. Il fallait que je reste dans le spectacle tout ce temps pour payer mes cours de théâtre et ma thérapie ! » 

 

  • Note personnelle : Stephen Schwartz m’a dit qu’il pensait que Pippin s’est amélioré une fois que Betty a fait partie de la distribution.

 

Après Pippin, Hollywood vole Buckley à Broadway et elle tourne alors dans les films « Tender Mercies », « Carrie » et la série télévisée « Eight is Enough » (Huit ça suffit !). A Los Angeles, Buckley commence à pratiquer la méditation et à faire le lien entre le pouvoir de concentration et l’interprétation. Elle continue également à prendre des cours de chant avec son professeur bien-aimé Paul Gavert.

 

Betty revient à Broadway en 1982 quand elle décroche le rôle de Grizabella « le chat glamour » dans CATS de Andrew Lloyd Weber. La façon dont elle obtient le rôle de Grizabella est une de mes histoires préférées sur Betty. L’équipe de CATS recherchait désespérément une actrice qui incarnerait « le chat glamour », ils voulaient quelqu’un qui pourrait « arrêter le spectacle » en interprétant la puissante balade « Memory ». Après de nombreux essais où elle chante de tout son cœur, Betty demande à parler au directeur Trevor Nunn et au compositeur Lloyd Weber et leur dit qu’elle est la seule à pouvoir tenir ce rôle et qu’elle peut interpréter tout ce qu’ils veulent d’elle. Les deux hommes sont surpris mais ils lui donnent le rôle et on en connaît la suite.

 

Le seul rôle de Buckley dans Cats est « d’arrêter le spectacle », c’est à dire de recevoir tellement d’applaudissements que cela interrompt la représentation. Le seul problème est qu’elle ne sait pas comment faire ça. Elle travaille énormément pour faire ce que tout le monde attend d’elle mais malheureusement rien ne fonctionne. Après tous ces échecs, elle rend visite à son professeur de chant qui lui conseille de frapper un oreiller pour relâcher toutes les tensions. En faisant l’exercice, Buckley se met à pleurer et se rend compte qu’elle ne chantait pas jusqu’à présent en faisant appel à ses véritables sentiments, mais en se conformant à ce que chacun attend d’elle. Elle rencontre plusieurs femmes sans domicile et trouve son interprétation de Grizabella, chantant Memory en mobilisant toute son empathie et son amour. Elle parvient alors à « arrêter le spectacle », gagne un Tony Award et consolide son statut de star de Broadway. Cats se joue au Winter Garden Theatre de 1982 à 2000 pour un impressionnant total de 7 485 représentations ! Buckley raconte que chanter Memory est l’un des plus grands cadeaux de sa vie et que cela lui a permis d’apprendre l’art du récit véritable. 

 

 

Elle enchaîne ensuite avec la comédie musicale policière The Mystery of Edwin Drood (plus simplement appelé Drood), adaptée de la nouvelle inachevée de Charles Dickens « The Mystery of Edwin Drood ». Ecrite par Ruper Holmes, c’est la première comédie musicale de Broadway avec différentes possibilités de dénouements, selon les votes du public. Drood ouvre à l’Imperial Theater le 2 décembre 1985. Betty Buckley, qui joue un imposteur masculin de premier plan, incarne un Edwin Drood attachant, qui est à la fois un écolier anglais, un « belter » de Broadway et une diva de la vieille école.  Une fois de plus, Betty a l’opportunité de démontrer l’étendue de ses capacités vocales dans « The Writing On The Wall ». Ce rôle lui vaut une nouvelle nomination aux Tony Awards.

 

 

 

Elle remplace alors Bernadette Peters pour les quatre dernières semaines de Song and Dance à Broadway, où elle a l’opportunité de chanter « Unexpected Song », « Tell Me On A Sunday », « Take That Look At Your Face », parmi d’autres. Song and Dance est une comédie musicale en 2 actes, l’un entièrement raconté en chansons (Song) et l’autre en danse (Dance), reliés par une même histoire d’amour. Ce spectacle la réunit avec le compositeur de CatsAndrew Lloyd Weber.

 

 

En 1988, Buckley endosse le rôle de la fanatique religieuse et dérangée Margaret White dans l’adaptation sur scène du roman de Stephen King « Carrie », la star originale Barbara Cook (Music Man, Candide, She Loves Me) ayant décidé de ne pas suivre la production à Broadway après les représentations de Londres. Ce spectacle est un fiasco total mais tous ceux qui ont entendu l’interprétation lugubre mais déchirante de Buckley dans « And Eve Was Weak » et « When There’s No One » savent que ce n’est pas elle le problème. En réalité, la plupart des gens qui voient le spectacle considèrent la performance de Buckley comme le point positif de cette production tourmentée. Carrie arrive au Virgina Theatre en avril 1988 et ne se joue que le temps de 16 avant premières et seulement 5 représentations. 

 

Il faut ensuite plusieurs années à Buckley pour retourner à Broadway mais quel retour ! Lloyd Weber a composé Sunset Boulevard, qui se joue au West End à Londres avec Patti Lupone. Le spectacle ayant des problèmes, l’équipe créative décide d’ouvrir une autre production à Los Angeles avec Glenn Close. La version de Los Angeles marchant mieux, ils se séparent de Lupone et donnent le rôle à Betty Buckley. De manière tout à fait inédite, la production ferme pour 4 semaines et rouvre dans une nouvelle version avec une nouvelle star. Buckley est nommée à un Olivier Award pour son interprétation dans Sunset Boulevard.   

De 1994 à 1996, Buckley interprète ainsi la star vieillissante du cinéma muet Norma Desmond, tout d’abord à Londres puis à la suite de Glenn Close à Broadway. Elle chante superbement la partition (With One Look, As We Never said Goodbye) en trouvant des nuances subtiles à cette star de cinéma déchue, rendant palpables sa peine et ses délires. Pour beaucoup, Betty Buckley est à son meilleur. Troublante et déchirante, elle déploie toute l’étendue de sa myriade de talents et va chercher plus loin qu’elle ne l’a jamais fait auparavant.

 

  • Note personnelle : j’ai eu la chance de voir Betty dans Sunset Boulevard et elle nous avait comme ensorcelés. Je n’avais jamais vu un public aussi subjugué.

 

 

Vient ensuite Triumph of Love, inspiré du vaudeville de 1732 de Marivaux « Le Triomphe de l’Amour » et centré sur la princesse sparte Léonide, dont l’amour pour Agis est contrarié par le fait que le trône a été injustement arraché à sa famille par le sujet de son affection. Le livret est de James Magruder, les paroles de Susan Birkenhead et la musique de Jeffrey Stock. Une fois encore Betty époustoufle Broadway avec sa manière de chanter courageuse et sa profonde connexion émotionnelle. Elle « arrête » encore une fois le spectacle avec la difficile chanson « Serenity ». Triumph of Love ouvre à Broadway le 23 octobre 1997 au Royale Theatre, pour 85 performances et 30 avant-premières. 

 

 

Après Triumph Of Love, Buckley ne joue plus dans un musical de Broadway mais reste présente sur scène. Elle incarne Mama Rose dans Gypsy au Paper Mill Playhouse (1998), apparaît dans Elegies : A Song Cycle de William Finn au Lincoln Center (2003), dans The Threepenny Opera au Williamstown Theatre Festival (2003), Dear Worldau West End (2013) et Grey Gardens à Sag Harbor et Los Angeles (2016).

 

Plus récemment, elle incarne Dolly dans la 1ère tournée nationale de Hello, Dolly!. Hello Dolly! est un musical de 1964, écrit et composé par Jerry Herman sur un livret de Michael Stewart, inspiré de la comédie de Thornton Wilder de 1938 « The Merchant of Yonkers », que lui-même retravaille et rebaptise « The Matchmaker » en 1955. Le musical narre l’histoire de Dolly Gallagher Levi, une marieuse déterminée, alors qu’elle voyage jusqu’à Yonkers, New York, pour trouver une femme au misérable « convoité célibataire demi-millionnaire » Horace Vandergelder. De Boston à Los Angeles, en passant par Washington et au-delà, le public peut voir ce que Betty fait de mieux, à savoir se connecter avec le cœur du sujet. 

Dans Hello, Dolly!, elle peut ainsi interpréter certaines des plus grandes chansons du répertoire comme « I Put My Hand In », « Put on Your Sunday Clothes » et la chanson-titre « Hello, Dolly ! » lorsqu’elle descend le célèbre escalier de l’Harmonia Gardens dans cette robe rouge iconique ! 

 

  • Note personnelle : J’ai eu la chance de la voir jouer Dolly à Washington au Kennedy center. Elle était délicieuse, émouvante, inspirante et déchirante. Cependant, c’est la chanson « Before The Parade Passes By » qui était son morceau de bravoure. Le discours précédant l’interprétation de ce classique d’Herman était prononcé avec une passion déchirante, le visage baigné de larmes. Puis elle entonna « Parade » dans un murmure et le fit évoluer jusqu’à un cri de bataille joyeux qui résonna dans tout le théâtre et nous inspira tous à vivre intensément notre vie ! J’étais époustouflé !

     

     

     

 

Une des choses que je préfère chez Buckley est son engagement à être une enseignante. Il y a beaucoup de stars à Broadway mais peu d’entre elles passent autant de temps à partager leur savoir et conseils comme le fait Betty Buckley. C’est de cette manière que je l’ai rencontrée, en tant que professeur et guide. Son amour profond, sa volonté sans faille, sa connexion avec le public, ses connaissances et ses attentions sont sans pareil. Elle enseigne l’art de communiquer et celui du récit. Elle prône la méditation et les principes spirituels universels pour aider à la prise de décisions. Elle dit « j’ai appris qu’en pratiquant la méditation, on apprend à concentrer son esprit sur un point précis, ce qui est essentiel pour se connecter à un public. J’ai appris que la concentration – une belle et merveilleuse concentration – est la clé pour un beau récit et une communication claire. »

 

  • Note personnelle : j’ai étudié pendant 3 ans avec Betty Buckley et cela a eu une grande influence sur ma carrière, que ce soit en tant que professeur ou en tant qu’artiste.

Si vous avez un jour la chance de la voir sur scène ou d’étudier avec elle, foncez ! C’est toujours un cours magistral !

Pour en savoir plus : www.bettybuckley.com

 

 

 

 

 

 

translation - Marion Martelin 

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